Battants sur le toit

Peintures en bâtiment et peintures sans tuiles, poésies par la fenêtre et proses sur le toit, les deux pouvant se retrouver en faisant école... buissonnière, musiques de chambre et de cour, fenêtres ouvertes sur toutes les portées... danses sur le fil

13 janvier 2007

Texte d'hum-eur

L'écriture n'a jamais été mon fort, d'ailleurs je n'ai jamais bien compris ce que "mon fort" voulait dire. Déjà à l'école "les forts en thèmes" m'enjoignaient à renoncer à Homère et à virer de bord : de me tenir côté version, (comme on dirait côté cour), la jeunesse est sans pitié, elle vous attend à la virgule près. Mais je reconnais m'être sentie plus à l'aise dans la version, d'abord parce que le mot m'évoquait plus de rondeur que le vocable "thème" qui me suggérait une forme raide, anguleuse, pentue, donc "casse-figure" pour un traducteur déjà handicapé. Mais il ne m'a jamais semblé déployer quelconque force pour aller de ma langue dite maternelle (multiple) vers l'Autre (multiple). De là à affirmer haut que c'était mon fort... c'eût été une double usurpation, syntaxique et sémantique : ne sachant toujours pas aujourd'hui, ce que "mon fort" veut dire, comme d'autre vous direz l'air entendu : "ce que parler veut dire". Ma vocation de traducteur était donc compromise dès l'origine. Et comme cela me contrariait, je me suis tournée vers le traducteur que j'interrogeais sans relâche sur ces allées venues d'une rive linguistique l'autre, sur son état psychophysiologique : maintenant avec une double fermeté ne jamais ressentir la moindre "courbature" à se mettre à chaque fois dans l'esprit de l'un et de l'autre, de se désincarner ici pour se réincarner ailleurs... Cela relevait pour mon cerveau infirme du don d'ubiquité. Donner à l'une ce qui n'a pas de réalité chez l'autre. Logiquement, cette extension d'une langue à l'autre supposait une parfaite compréhension et de l'une et de l'autre, ce qui dément absolument la règle de "ce qui se gagne en compréhension se perd en extension", comme je perdais mon interlocuteur dans les méandres de mes questions, il me conseilla d'embrasser la philosophie et de continuer à me gratter la tête à souhait. Il pensait se débarrasser de ma simple personne : il a eu tort, j'ai serré la "traduction" jusqu'à ce qu'elle me dise tout ce qu'elle avait à me dire. Mais de là à avancer que j'avais mon fort pour décortiquer les concepts, cela reste à prouver...

Posté par inulation à 19:20 - ex-position - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    En définitive...

    tu auras eu le mot de la fin...
    Mais comment être sûr de nos choix, de nos dérives, des rivages abordés, des mirages entrevus...?

    Posté par photoeil, 14 janvier 2007 à 08:03
  • Sans doute, cher Photoeil,

    parce qu'il n'y a pas de fin et que l'humilité propre à tout interprète est de se mettre au service d'un texte, de lui donner une voix, sachant que d'autres et d'autres encore seront possibles...
    Glenn Gould a consacré sa vie à interpréter Bach ; quand il jouait, il psalmodiait les notes et semblait faire corps, communier avec la partition qu'il avait sous ses yeux, cet ensemble de notes qu'elles fussent Les Variations Goldberg, L'art de la fugue, Les Partita,..
    Amitiés Photoeil,
    je passe par chez vous tantôt.

    Posté par amel, 14 janvier 2007 à 23:36

Poster un commentaire