Battants sur le toit

Peintures en bâtiment et peintures sans tuiles, poésies par la fenêtre et proses sur le toit, les deux pouvant se retrouver en faisant école... buissonnière, musiques de chambre et de cour, fenêtres ouvertes sur toutes les portées... danses sur le fil

15 janvier 2007

Tinguely : trublion et électron libre

Suite à l'annonce de l'exposition qui se tient à Bâle au Musée Tinguely, il était nécessaire de rappeler deux ou trois choses pour expliquer cette "obsession" de cette mécanique en mouvement qui permet de dire de Jean Tinguely qu'il appartient à cette famille d'artistes des années pressées de l'après-guerre qui "ont transformé l'image du mouvement dans l'art en un véritable mouvement", selon Frank Popper. Avec ses "machines inutiles" Jean Tinguely sera allé jusqu'au bout du dérisoire : adolescent, il est témoin, le 16 décembre 1940, des bombardements aveugles à proximité de la maison familliale, la déflagration est si forte que les fenêtres volent en éclats, anéantissant tous les bâtiments alentours. Mais le sordide ne lui est pas épargné : La famille s'empresse d'évacuer les lieux quand un éclat d'obus sectionne la boîte cranienne d'une mère portant son enfant, qui est projetée sur le compteur électrique de la maison. " La jeune femme gisait morte sur le sol. J'enlevai l'enfant de ses bras. Ma mère eut une crise d'hystérie. On dut l'écarter. Je me cachai dans les ruines, attendant l'ennemi. Je crois que s'il était venu, j'aurais tué. Peut-être cet événement est-il à l'origine des images sombres qui habitent mon art. Qui sait? " Racontera Tinguely plus tard.

Il décide alors de se retirer pendant deux ans dans la forêt de Bâle où il réalise ses premières œuvres méta-mécaniques ; des roues avec effets sonores qu'il installe le long des ruisseaux. Plus de vingt petites roues qui tournent à vitesses variables selon la force du courant et qui actionnent de petits marteaux qui martèlent des boîtes de conserve rouillées laissant échapper des sonorités inédites. L'installation s'étend sur une centaine de mètres, une roue rythmique tous les cinq ou six mètres, faisant la curiosité des promeneurs solitaires. "Fragile et éphémère, l'installation finit par s'évanouir." Mais il y aura construit le prototype de ses sculptures à venir.

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Son engagement politique succède à cette période de retrait et de rupture avec la ville. En 39, les troupes de Mussolini occupent l'Albanie, Tinguely veut rejoindre la lutte antifasciste. A la frontière italienne, il refuse de décliner son identité :  son entêtement lui vaut trois jours de détention, au-delà desquels il est reconduit, menottes aux mains, à Bâle.

De retour à la maison. Tinguely décide -malgré ses réticences- de travailler comme employé d'un magasin : il ne cède pas au "fou désir" d'arracher l'horloge et la pointeuse fixées au mur de l'entreprise. Une firme concurrente l'engage comme assistant d'un chef décorateur qui reconnaît immédiatement son génie mécanique. Ce dernier lui indique le chemin de l'école des Arts appliqués de Bâle : ses vitrines décorées ne ressemblent à rien de connu. Plus libres, plus insouciantes que les autres, elles se démarquent de tout ce qu'on peut voir. Et dérangent… Son goût de la provocation ne le quitte pas, en 1941 il "récidive" avec une entrée fracassante dans un célèbre magasin de fourrures, une brouette crasseuse dans les mains, remplie de vieux matériaux de construction. Il en renverse le contenu au pied des vendeuses et recouvre le tas d'un manteau de fourrure. Il est immédiatement interpellé par la police à laquelle il s'était déjà frotté.
Il poursuit son activité de décorateur indépendant, tout en suivant certains cours d'enseignement général de dessin, de peinture et d'enseignement sur la science des matériaux de Julia Ris. L'atelier lui permet de s'exercer sur le bois, le sable, le méta}, I'argile, les tissus, et à des collages inspirés de ceux de Kurt Schwitters. Ci contre. schwitters_kurt_fi_1_DR

Il introduit progressivement le mouvement dans ses études. Comme il ne fait rien comme tout le monde, il déserte les autres cours.

Il épouse Eva Maria Aepppli en première noce en 1951 et part s'établir en France fin 1952, à Montigny sur Loing en Seine et Marne puis à Paris, dans un hôtel de la rue Pierre Leroux, dans le 15e arrondissement. Dans la salle désaffectée du café de l'hôtel, Tinguely installe ses œuvre et inaugure ainsi sa toute première exposition permanente.
Le 27 mai 1954, la galerie parisienne Arnaud expose ses œuvres pour un premier vernissage officiel. Il rencontre très vite Niki de Saint Phalle et sa carrière prend rapidement son envol. Le 17 mars 1960, le très célèbre Museum of Modern Art de New York expose dans ses jardins une machine autodestructrice tout droit sortie de son imagination, hantée par d'anciennes visions ? Ces oeuvres vont voyager entre Berne, Stockholm, le Danemark, Bâle, les Etats-Unis, Paris, Montréal, Milan, Hanovre, Amsterdam…
En 1964, il réalise une énorme machine " Euréka " présentée lors de l'exposition nationale suisse de Lausanne en 1964.
Le 13 juillet 1971, Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle se marient. Douze ans plus tard, ils conçoivent ensemble la Fontaine Stravinsky près du centre Pompidou à Paris.
Dans les années 80, son travail s'assombrit : la mort le hante à nouveau. Ces sculptures sont de plus en plus gigantesques. Tinguely réalise l'Étude pour une Fin du monde n° 2, troisième machine autodestructrice, composée de grands éléments alignés verticalement dans le désert du Nevada et dont la destruction sera retransmise par la chaîne de télévision NBC. Avec Niki de Saint Phalle, Robert Rauschenberg, Oyvind Fahlstrom et quelques autres, participation à The Construction of Boston de Kenneth Koch, mis en scène à New York par Merce Cunningham.
Exposition Dylaby (Lahyrinthe dynamique) au Stedelijk Museum d'Amsterdam, installée en trois semaines par Robert Rauschenberg, Martial Raysse, Niki de Saint Phalle, Daniel Spoerri, Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt. Exposition de sept fontaines à Baden-Baden et nouvelles œuvres présentées à la galerie Alexandre Lolas de New York.
Jean Tinguely s'éteint le 30 août 1991 à l'hôpital de l'Île à Berne.

Ses oeuvres sont nombreuses : Tête, Crocodrome, Fontaine Stravinsky, Euréka, l'Étude pour une Fin du monde n° 2, méta-machines...
"Figure de proue de la famille des Nouveaux Réalistes, Tinguely restera le spécialiste des machines d'esprit dadaïste (mouvement artistique et littéraire initié pendant la Première Guerre mondiale dans le monde entier, provocant, en rupture avec les valeurs et les formes d'expression traditionnelles), inquiétantes, destructrices mais souvent drôles. Réalisées avec des matériaux de récupération qu'il assemblait en structures plus complexes et finalement animait, les installations de Tinguely constituent un brûlant pamphlet contre le progrès et son effrénée course à la consommation. Tinguely n'était pas mécanicien ni ingénieur mais juste artiste, d'ailleurs les spécialistes s'amusent de la construction lamentable de ces installations, mais elles avaient toujours le pouvoir d'attirer et de séduire les passants."

Dans son sillage, Nicolas Schoffer prolongera le dérisoire en y apportant sa connaissance de la cybernétique, combinant la couleur, la lumière et les technologies nouvelles ; Takis s'intéresse aux forces magnétiques pour mieux "pénétrer les mystères cosmiques" ; Pol Bury va insuffler à ses oeuvres d'imperceptibles impulsions pour mieux retrouver les "Horribles mouvements de l'immobilité". L'art cinétique de Naum Gabo s'impose dans la sculpture et la peinture. Que le mouvement soit obtenu par l'action d'un moteur ou par la lumière, ou virtuellement créé par un jeu d'illusion optique comme chez Agam, Carlos Cruz-Diez, Rafaël Soto, Luis Tomasello, la cinétique a investi toutes les formes de la création. On va jusqu'à évoquer une quatrième dimension pour caractériser cet art qui sollicite la participation du public, s'inscrivant désormais dans le paysage urbain et social ; ces oeuvres-là  sont désormais plastiques au sens premier du terme : transformables, en transformation perpétuelle sous l'effet des jeux de superpositions de trames lumineuses. Le Groupe de recherche d'art visuel rejoint joyeusement ce "mouvement" et Jean Tinguely, avec son sens de la dérision répétait à qui voulait l'entendre, "L'unique chose stable, c'est le mouvement, partout et toujours".

Informations empruntées à plusieurs sites et en particulier au site du Musée Tinguely de Bâle.

Nota : après correction des coquilles nombreuses et doublons moins nombreux, j'ai oublié de parler d'une oeuvre qui relève du fantastique... donc je dirais, comme à mon habitude : "à suivre".

Posté par inulation à 03:49 - ex-position - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    En miroir

    Tinguely concevait des sculptures qui finissaient par de venir sonores.
    Percy Grainger (compositeur inspiré et frapadinque notoire) inventa des machines à faire de la musique qui finissaient par de venir des sculptures.
    Jetez un oeil aux sites suivants : ça devrait vous plaire

    http://www.lib.unimelb.edu.au/collections/grainger/

    http://www.rainerlinz.net/NMA/articles/FreeMusic.html

    Amicalement

    Posté par PPle Moqueur, 15 janvier 2007 à 11:39
  • Merci beaucoup PP

    je m'y rends et vous en parle. Bonne journée!

    Posté par amel, 15 janvier 2007 à 12:52
  • It starts for Grainger in that wayy

    "Grainger first conceived his idea of Free Music as a boy of 11 or 12. It was suggested to him by the undulating movements of the sea, and by observing the waves on Albert Park Lake in Melbourne. These experiences eventually led him to conclude that the future of music lay in freeing up rhythmic procedures and in the subtle variation of pitch, producing glissando-like movement. These ideas were to remain with him throughout his life, and he spent a great deal of his time in later years developing machines to realise his conception."
    I continue...

    Posté par amel, 15 janvier 2007 à 13:19
  • Avez vous pu voir les photos des machines en question ?

    Posté par PPle Moqueur, 15 janvier 2007 à 14:05
  • Je viens de me reconnecter

    mais je n'ai pas vu les machines, j'y retourne...
    Amicalement.

    Posté par amel, 15 janvier 2007 à 22:04

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