Battants sur le toit

Peintures en bâtiment et peintures sans tuiles, poésies par la fenêtre et proses sur le toit, les deux pouvant se retrouver en faisant école... buissonnière, musiques de chambre et de cour, fenêtres ouvertes sur toutes les portées... danses sur le fil

29 janvier 2007

Tristan Cabral : le passeur des Silences

Né à Arcachon en 1948, ce "passeur des Silences", s'est vu pousser des ailes de poisson volant, une lune bretonne et hongroise coiffait sa tête à sa naissance, destinée confiée à des luttes âpres, qui commence par le dégoût d'une Khâgne qui abima la littérature telle qu'elle lui fut enseignée en cette classe préparatoire, comment ne pas songer alors à une erreur d'orientation, pire,... le vent aurait-il souffler de travers ? Il amarre quelques années plus tard son esprit en "pays" cathare et dans le prophérisme cévenol après avoir embrassé le pastorat qu'il délaissera ensuite, et enseigne la philosophie au pays des arènes. Pendant les événements de 68, il est apostrophé par les services d'ordre et est interné. Gardien des silences, ceux des opprimés, à vingt ans il regarde déjà vers des pays où les vents soufflent fort : Iran, Turquie, Amérique centrale, Pérou, Bolivie,... il part et n'en revient qu'en 71 après avoir pris des positions tranchées au Kurdistan, puis en Irlande du Nord. Il dénonce les oppressions. dès la publication de son premier recueil, Ouvrez le feu, en 1974, et s'impose dans le paysage de la poésie contemporaine dont il se défend, niant toute forme d'appartenance à ce qui lui est "contemporain" : un vent singulier porte cette voix "chargée des tempêtes de l'histoire." "Il ne se fuit pas" (dira son éditeur du moment -les Éditions du Cherche Midi-et le premier à avoir "exhumé" la beauté de cette Messe des morts qu'il composa comme un hymne contre toute forme d'oppression, antidote puissant en quatre "actes" : "Exécutions", "exécrations", "expiation", et "absolution"), il va son propre chemin, celui qu'il aura construit en étant en route. En 1976, il est condamné à plusieurs mois de prison pour avoir "éconduit" l'Armée en participant à une entreprise de démoralisation...
Aujourd'hui, il partage sa vie entre Nîmes, Montségur, Istanbul, le Machu-Pichu, et d'autres rives encore... comme cela fut le cas déjà de bonne heure.

Il fut l'invité, il y a peu, (le 6 nov 2006), de Divergence FM > Radio Clapas, dans le cadre d'un débat autour de "l’affaire" Robert Redeker... aux côtés de Salim Mokadem, agrégé de philosophie, enseignant à l’Université Paul Valéry (Montpellier), auteur de nombreux articles sur Averroès, Husserl, Hegel, Bataille,.. compositeur, interprète, animateur d'une émission radio..., son Foucault. Une vie philosophique, rappelle que chaque position énonciative implique historiquement un discours de pouvoir : s'autorisant à légifèrer et  à légitimer les pratiques sociales d'une époque déterminée. Foucalt aura été le premier à examiner les rapports entre les pouvoirs et les savoirs (épistémè) selon une approche archéologique ou microanalytique, reposant la question du rôle du philosophe dans "une configuration où le sujet est lui-même l’enjeu, l’objet, le dispositif, la fin d’une technologie d’assujettissement du vivant ? ", selon les propres mots de Salim Mokadem.


Deux de ces poèmes figurent sur le blog : Insurrection poétique, extraits de Passeur de silence à lire sin limitad... 

  • Le veilleur de silence

Je connais des pays qui s’endorment debout

D’étranges femmes seules y passent les mystères

J’y ai longtemps vécu de lentes agonies

Et je veillais les morts avec des armes blanches

Je connais des pays qui s’endorment debout

Où des aveugles marchent vers de fausses fontaines

Souvent des étudiants jouent à tirer au sort

Celui qui ira seul se brûler sur les places

Je connais des pays qui s’enterrent en silence

Les yeux éteints des loups y laissent des échardes

Et des villes sont rangées au plus profond des fleuves

Des visages s’y heurtent dans mon dernier visage

Et de grands enfants tristes plus vieux que le malheur

Brûlent avant de mourir leurs vêtements d’hiver…

Praha, Prague, janvier 1969,

ce poème fut écrit après le suicide par le feu

de Jan Palach que l'on pourrait reconnaître dans le héros de Nostalgia du maître Andreï Tarkovsky.

Ses oeuvres :

L'enfant de guerre, Le Cherche-Midi, 2002

La Messe en mort, Le Cherche-Midi, 2000

Mourir à Vukovar, Cheyne Editeur, 1997

Le Désert-Dieu, L'Alpha l'Oméga éditions, 1996

Le Passeur d'Istanbul, Editions du Griot, 1992

Le Quatuor de Prague, Editions de l'Aube, 1991

Chasseurs d'Aube, Le Centurion, 1991

Les Paris imaginaires, 1990

Etats d'urgence, La Vague à l'âme, 1989

Manifeste pour une VIè République, La Mémoire du Futur, 1988

Anthologie des poètes du Sud de 1914 à nos jours, Le Temps Parallèle, 1985

Le Passeur de silence, Editions La Découverte, 1986

La Nuit en poésie, Folio Junior, 1983

Anthologie des poètes insurgés, Lima, 1979

Et sois cet océan, Plasma 1981, Hachette 1984

Quand je serais petit, Plasma, 1979

Du pain et des pierres, Plama, 1977

Ouvrez le feu! Plasma 1974, Hachette 1979

  • Le Fou d'Arguin (Arte 1996)
  • Source : Le Printemps des Poètes

    extrait

    A la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

    (cf textes sur et de Jean Sénac ici-même)

    Un homme beau est mort qui signait d'un soleil
    il s'appelait Sénac
    Jean Sénac

    un homme beau est mort qui signait d'une rose
    il s'appelait Djaout
    Tahar Djaout

    depuis toute leur enfance est morte pour le monde...

    sous l'amandier nomade
    ils venaient tous les deux
    à l'eau du soir blessée
    ils ramassaient les ombres
    pour en faire des pétales

    toujours l'inespéré accompagnait leurs pas

    toujours dans leur maison
    on partageait le pain
    toujours dans leur maison
    on partageait le sel
    et la douce patience qui tremble au bord des larmes...

    les amandiers sont morts de leurs blessures...

    et la mort en grand nombre a frappé en vingt ans!

    hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
    assassinés chez eux par les mêmes tueurs
    pour avoir cru ensemble à une même Terre
    de toutes les couleurs
    pour avoir cru ensemble à une même Terre
    de toutes les douleurs

    hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
    assassinés chez eux par les mêmes tueurs
    sur cette même Terre de toutes les splendeurs...

    assassinés chez eux en des temps différents
    et semblables pourtant...

    deux hommes beaux sont morts
    tous deux enfants d'orages
    et deux frères pourtant

    deux hommes beaux sont morts qui signent d'un Silence...

    Tristan Cabral a publié une douzaine de recueils et traduit pour ne citer que ceux-là : Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Octavio Paz, Georg Trakl.

    Posté par inulation à 01:21 - C'est bô! - Commentaires [8] - Permalien [#]

    Commentaires

    • Cabral dans le Lot

      Bonjour, Cabral a été publié dans ma petite revue Nouveaux Démlits et sera l'invité d'une soirée organisée le 2 septembre à St Cirq Lapopie dans le Lot, qu'on se le dise !
      Il sera aussi le 29 février à Bergerac.

      Posté par Cathy, 06 février 2008 à 14:15
    • Bonsoir Cathy, c'est noté, je reformule l'annonce, pour qu'On se le redise!
      J'ai parcouru La revue Nouveaux Délits depuis qu'elle est en marche! Bonne continuation, je vous sais bien entourée!

      Posté par amel, 06 février 2008 à 23:42
    • bien entourée ben non justement ce serait plutôt l'isolement par ici mais ceux qui doivent se rencontrer finissent tjs par le faire
      et merci !
      amicalement
      Cathy

      Posté par Cathy, 15 mars 2008 à 19:34
    • Oui, c'est vraiment très beau, merci Amel pour la découverte!

      Bises

      Posté par Chris, 29 janvier 2007 à 13:02
    • oui

      Le poète a ramassé leurs silences pour en faire des pétales... ceux de Jean Sénac, de Tahar Djaout et de tant d'autres... C'est à Tristan Cabral qu'il faut le dire.
      Bises Chris et bonne journée!

      Posté par amel, 29 janvier 2007 à 16:26
    • Des fois, la vie, c'est génial

      J'ai connu son nom sur les murs de ma ville. Je le voyais dans mon lycée. Un jour, trop jeune, j'avais ouvert l'un de ces livres : trop complexe pour moi qui venait de quitter l'enfance.
      Trente ans plus tard, hier, j'ai rencontré l'homme. Super sympa, excellente soirée. Pas de doute, on a des points communs !
      Aujourd'hui je découvre sa biographie et ses textes. Mieux vaut tard que jamais !
      Ca bouleverse, tout ça, d'un coup.
      Chouette mec, incontournable auteur.
      Demain, j'achèterai ses livres, et je compte m'en régaler ... et faire partager !

      Posté par Catie, 20 mai 2007 à 17:22
    • La suite ...

      Sitôt dit, sitôt fait : j'ai commencé par m'offrir "La messe en mort", puis "Le passeur d'Istanbul", "Et sois cet océan", "Ouvrez le feu" et "L'enfant de guerre". Bref, je ne m'en lasse pas. Il m'ouvre sur des mondes divers, de poésie, mais aussi de philo et d'histoire ... Avis à la population : c'est un univers multiple à découvrir d'urgence !

      Posté par Catie, 16 juin 2007 à 04:07
    • Merci pour lui Catie.

      Et je crois bien qu'un dernier recueil vient de paraître. C'est sur ma longue liste de courses.
      Merci de votre passage. Et bonnes lectures Catie!

      Posté par amel, 17 juin 2007 à 02:00

    Poster un commentaire